
Beaucoup de PME abordent l'intelligence artificielle par l'outil : un abonnement, une démonstration, un pilote. L'étape sautée est celle qui décide de tout, à savoir vérifier que la tâche visée vaut l'investissement. C'est ce que fait un audit préalable. Il mesure le temps réellement passé sur un processus, vérifie que les données nécessaires existent, chiffre le gain attendu et le compare au coût complet. Compter quelques centaines à quelques milliers d'euros pour éviter d'en dépenser dix fois plus au mauvais endroit.
Ce n'est ni un audit informatique, ni un état des lieux technique. C'est un travail sur les processus de travail.
Il commence par un relevé : combien de personnes interviennent sur une tâche, combien d'heures par semaine, à quelle fréquence, sur quel volume. Ces 4 nombres sont la matière du calcul, et la plupart des entreprises ne les ont pas.
Il se poursuit par l'inventaire des données : où elles se trouvent, sous quel format, si elles sont exploitables sans chantier préalable. Un cas d'usage dont les données demandent 3 mois de nettoyage n'est pas prioritaire, quelle que soit sa valeur théorique.
Il se termine par un arbitrage entre les pistes identifiées, parce qu'un audit en produit toujours plus que le budget n'en finance.
Cinq documents sortent d'un audit correctement mené.
La cartographie des processus candidats, avec les temps relevés. L'inventaire des données et leur état réel. L'évaluation du Shadow AI, c'est-à-dire des outils d'IA grand public déjà utilisés par les équipes avec des données de l'entreprise. Les recommandations priorisées, classées par rapport gain sur effort. Et le devis de la suite, à prix fixe ou en jours-homme, ce qui n'engage pas le prestataire de la même façon.
Le cabinet Gemlia détaille par exemple sur son site le déroulé d'un audit IA, avec les prix affichés et la durée annoncée. Sa méthode, baptisée Sprint Terrain, prévoit 4 semaines jusqu'à une première version en production, et chiffre à l'avance le temps demandé aux équipes du client.
La durée dépend du nombre de métiers couverts. Un service unique se traite en une à deux semaines, plusieurs métiers demandent davantage.
Côté prix, les grilles publiques restent rares sur ce marché. Gemlia affiche une fourchette de 500 à 5 000 euros selon le périmètre, avec un premier échange de cadrage gratuit. L'écart s'explique par 3 variables : le nombre de métiers audités, la taille de l'entreprise et la complexité du système d'information.
En dessous de mille euros, l'audit porte sur un seul processus et produit un rapport court. Au-delà de quelques milliers, il couvre plusieurs métiers et inclut le chiffrage du gain, ce qui en fait un document d'arbitrage budgétaire.
Trois erreurs reviennent, et toutes se corrigent avant la commande.
La première consiste à choisir le cas d'usage le plus impressionnant plutôt que le plus fréquent. Une tâche exécutée 2 fois par mois ne rentabilise aucun développement.
La deuxième consiste à lancer l'audit sans avoir dégagé de temps côté opérationnels. Compter 2 à 3 heures par métier, posées à l'agenda. Sans elles, le prestataire produit un rapport théorique faute d'avoir pu mesurer quoi que ce soit.
La troisième est de confondre le cadrage gratuit et l'audit. Le premier sert à définir le périmètre en un échange, le second est une prestation facturée qui produit des livrables. Un prestataire qui annonce un audit complet gratuit vend autre chose : une démonstration commerciale.